L’humain aime comprendre. Il se questionne, démonte les objets, regarde des vidéos, lit des livres sur tous les sujets et à force de chercher, il apprend. Certains deviennent savants, des connaisseurs dans tel ou tel domaine, s’appropriant les théories des uns et des autres, formatant également les leurs en lien avec leurs expériences. La majorité sait des choses sans jamais les avoir réellement vécues, simplement en les comprenant, c’est assez extraordinaire !
Mais entre comprendre, savoir et intégrer, quelle est la limite ? Sommes-nous érudits en spiritualité, car nous avons lu la Bible ? Sommes-nous historiens en lisant la vie de Napoléon ? Sommes-nous des spécialistes sur la vie après la mort en ayant lu des ouvrages, vu des vidéos ou vécu certaines expériences ? Entre comprendre et vivre la profondeur de ce que la vie nous enseigne, où en sommes-nous ?
Pendant l’enfance, notre curiosité naturelle nous pousse à sortir de la poussette ou du parc pour découvrir le monde et son fonctionnement. L’enfant est fasciné par certains bruits, objets et matières, puis dans son grandissement, il continue d’essayer de comprendre comment ça fonctionne. Le plus intriguant est de comprendre ses parents, ses semblables, donc les êtres humains. Depuis le ventre de sa mère, il observe celle qui lui apprendra comment vivre dans le monde. Il ressent ses pensées et essaye tant bien que mal de s’adapter à ce ventre qui lui donne la vie. Dès son arrivée à la maison, il en sait intuitivement plus que ses propres parents sur leurs comportements, leurs peurs, leurs forces. Bien entendu, il ne peut pas le verbaliser de manière claire et audible pour les adultes. Le nouveau-né calque souvent son comportement en fonction de son environnement, luttant ou s’adaptant à ce qu’il ressent. Le bébé ne réfléchit pas, il est en constante méditation, surfant entre ses besoins naturels primaires et les énergies des êtres qui l’entourent et toutes les émanations de leurs outils de vie au quotidien. Il a commencé à vivre son karma et son chemin d’expériences.
L’être, en gardant sa curiosité ou son besoin de comprendre, va continuer d’apprendre, mais pour quoi faire finalement ? À quoi vont lui servir les logiciels d’infographie si son métier n’a rien à voir avec cette capacité ? Pourquoi toujours apprendre quelque chose ? Il est vrai que celui qui arrête d’apprendre risque de végéter, de se retrouver à ne rien faire et pour la majorité, cela ressemble à la mort. L’humain court, travaille, voyage, lit, apprend et finalement, il sait tellement de choses ! Mais que sait-il ? À quoi lui sert tout ce savoir ? Est-ce pour développer son cerveau ? Est-ce pour être plus performant dans son travail ou dans son art ? Est-ce pour épater sa famille ? Est-ce pour être reconnu parmi ses pairs ? Est-ce pour ne pas sombrer dans la dépression d’un mental sans action, sans but dans la vie que celui d’apprendre ou de prendre du plaisir ? Est-ce pour remplir ce vide qu’est la vie si elle s’arrête ?
La compréhension est le premier pas de celui qui se pose des questions existentielles. C’est une évidence lorsqu’une question vient à lui. L’humain veut savoir et aime comprendre d’où il vient, ce qui est après la mort, pourquoi il ressent certaines choses inexplicables par la logique. Plus l’être va se regarder intérieurement et moins il risque de comprendre les choses de la vie qui le dépassent. Bien entendu, il va continuer à vouloir tout comprendre, même Dieu ! Un scientifique est sur le point de prouver que Dieu existe. On peut se demander si cet être le fait pour lui ou pour les autres ? Voilà toute la question. Pourquoi cherchons-nous à toujours vouloir tout comprendre ? Pourquoi tel ou tel agissement Pourquoi cette maladie ? Pourquoi je me retrouve toujours dans cette situation ? Pourquoi ? Les questions amènent toujours plus de questions. C’est parfois une quête d’une vie, mais quel est le but ? Ne serait-ce pas égotique finalement de toujours vouloir tout comprendre ?
Il arrive un moment où l’humain risque de s’étouffer et de s’illusionner par son besoin de comprendre et de savoir. Le cerveau est grand et puissant, c’est un organe extraordinaire, mais à la fin de la vie, la prise se débranche et que reste-t-il de tous ces livres ? De tous ces voyages ? De toutes ces expériences ? De toutes ces réflexions ? Qu’allons-nous retenir de cette course où nous contrôlons notre être, les autres et notre environnement tant bien que mal ?
Et si parfois nous arrivions à débrancher notre mental pour être simplement présent à la vie, pour ouvrir nos yeux intérieurs sur le sens de notre expérience sur terre ? Peut-être que la réponse à la question la plus existentielle « Qui suis-je ? », vit en nous ? Que toutes les réponses sont déjà là, mais que nous n’en voyons rien, éblouis par notre quête du bonheur, du bien-être, de l’éloignement de la mort par la course aux actions ?
L’Amour ne s’explique pas, il se vit, se partage, s’amplifie, s’arrose, il est en nous et autour de nous. Le questionnement est le premier pas pour sortir de sa condition et de sa situation. Cependant, la compréhension ne suffit pas toujours et nous limite dans ce grandissement intérieur. Elle nous fait croire que nous avons grandi, alors que nos comportements sont toujours les mêmes. N’est-ce pas paradoxal, finalement, de croire que nous savons alors que finalement nous ne savons rien ou si peu ? Pensons à ce bonheur de ne pas savoir et de se retrouver comme cet enfant en perpétuelle méditation, en amour devant des êtres qui souffrent, mais qui vivent avec lui et s’occupent de lui.
En arrêtant de tout vouloir comprendre ou contrôler, ne sommes-nous pas plus présents, attentifs et conscients de notre vie ? En acceptant nos limitations avec humilité et joie, nous pouvons être tels le bébé dans sa poussette, conscient, insouciant, mais souriant à la vie et à tous les inconnus.