La Liberté d'Être Soi
Je suis une bonne personne, c’est une bonne personne, elle est brave, je suis honnête, il avait un sale caractère mais il était vrai… Qui n’a jamais pensé cela de lui-même ou d’autrui ? De se souvenir d’êtres que nous avons rencontré, que nous aimons, que nous admirons aussi et, de se dire qu’il est « bon ».
Il en va de même en se regardant dans le miroir de la conscience : je suis une bonne personne, et de le justifier par des comportements qui nous semblent positifs, acceptables, justes. Mais quels sont les critères de « bonté », d’être vrai, juste, honnête ? Quels sont les indices pour être qualifié ou se qualifier de « bonne personne » ? En se comparant au pire, nous sommes toujours les meilleurs même avec quelques petits défauts que nous n’aimons pas trop… mais finalement personne n’est parfait ! Pourtant il paraît qu’aux yeux de Dieu nous sommes parfaits ? Voilà matière à réflexion !
Celui qui aide l’autre, donc qui est altruiste est une bonne personne. Celui qui évite les vices est une bonne personne. Celui qui écoute l’autre, le conseille, le soutient, est une bonne personne. La liste pour être « bon » est longue. Alors comment définir celui qui n’est pas une bonne personne ? Existerait-il des bonnes et des mauvaises personnes ? Nous en connaissons tous qui sont illuminés de l’intérieur sans toujours le savoir et d’autres qui n’écoutent pas toujours de la bonne oreille leur conscience. Toutefois qualifier un être de « bonne personne » demande d’y regarder d’un peu plus près. L’illusion du moi nous fait souvent prendre des vessies pour des lanternes et arriver à distinguer le bien du mal, c’est déjà faire une différence entre deux comportements, entre deux choix, entre deux êtres… Mais que savons-nous de ces choix ?
Il semble que sur le papier, l’être humain a toujours le choix. C’est vrai, à condition d’avoir la conscience de ce choix. Dans le cas contraire, c’est un choix inconscient guidé par sa personnalité, par son éducation, par ses habitudes, par ses vices ou encore par son « karma » pour ceux qui le savent sans toujours le comprendre. Quand nous ne connaissons rien de l’autre, pouvons-nous dire que c’est une bonne personne ? S’il agit de manière surprenante, par exemple en volant un objet, en oubliant de payer une dette, en trompant sa femme, en brutalisant son enfant, alors de bonne personne, devient-il une mauvaise personne ? Mais que s’est-il passé dans sa vie, dans ses choix, mais également dans notre vision sur lui ?
Il existe des êtres qui vivent en cohérence, c’est-à-dire qu’entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font, ils sont en harmonie. Ils ne jouent pas un rôle, un personnage ou plusieurs. Ainsi, en leur présence, nous sommes inconsciemment « en accord » avec ce qui émane d’eux. Ce n’est pas parce qu’ils sont alignés que ce sont de « bonnes personnes ». Toutefois, si le « bon » émane d’eux, que leurs actes sont cohérents avec leur discours, leur vie, leurs choix et ce que les autres disent d’eux, alors tout semble évident voire rassurant. Nous rencontrons aussi des êtres qui semblent de bonnes personnes, mais elles agissent de manière parfois tellement étrange, que nous sommes parfois mal à l’aise en leur présence. Peut-être que justement, elles ne sont pas alignées entre leur intériorité et ce qu’elles montrent au monde ?
Du coup d’où vient cette vision de bonne personne, comment se forme-t-elle en nous ? L’ego sait se valoriser, comme se dévaloriser dans ces jeux de rôle inconscient. Il sait jouer à la bonne ou à la mauvaise personne en trichant, en mentant, en oubliant, en manipulant… Pourtant si le fond de l’être est « bon » ces jeux de rôle risque de le perdre. En se mentant, il frôle le « mauvais ». Se persuadant presque tout seul, d’être une mauvaise personne, de ne jamais réussir à faire quelque chose de bien, d’être toujours à côté de la plaque et là, c’est la chute lente mais violente. L’orgueil, la volonté de paraître autre chose qu’il est, le fait tomber de l’autre côté du miroir, celui du mensonge. Ainsi, il est tellement facile de devenir la « mauvaise personne » et le clown au masque rieur et moqueur prendre place dans sa vie. Entre ange et démon, qui le regarde dans les yeux du miroir ?
Chacun, ainsi, peut osciller entre « la bonne personne » et la « mauvaise personne ». Pourtant celui qui sourit, qui vous tient la porte, qui vous offre un cadeau est le même que celui qui évite une communication, qui se met à hurler contre son voisin, qui cache une erreur dans son travail, qui perpétue des petits actes mesquins pour survivre à son personnage dans une société sans merci.
Derrière l’ego se cache la souffrance, des stratagèmes pour éviter le mal-être et essayer de devenir quelqu’un d’autre pour moins souffrir. L’illusion fonctionne un temps nous éloignant de qui nous sommes. De bonnes personnes qui jouent à se déguiser pour être comme le grand frère, pour être comme la copine, pour être comme son idéal parfait. Et la bonne personne se maquille et disparaît, laissant place à une image floue, oscillante entre « bon et mauvais » suivant le rôle choisit.
Quand l’un qualifie l’autre de bon, sur quoi se base-t-il ? Quel écran regarde-t-il ? Ses actes ? Son cœur ? Sa gentillesse ? Mais est-ce un personnage qui joue au bon samaritain ou réellement un être doté de bonté ? Savoir lire entre les lignes de l’illusion n’est pas donné à tous et pourtant nous avons tous un radar pour y voir clair. Nous sommes souvent très lucides pour les autres et beaucoup moins pour nous-mêmes. Souvent un être qui se sait « bon », qui se dit « bon » est très surpris quand quelqu’un lui montre le contraire. L’espace d’un instant le personnage se fendille, le miroir craque, le masque tombe. Pourtant l’être essaye de vivre comme une bonne personne, il y met tout son cœur, pour cacher sa tristesse, sa frustration, sa peur et s’intégrer dans la société.
Que se passe-t-il au moment de la confrontation avec la réalité de l’autre ? Comment peut-il être ébranlé par une simple réflexion sur une erreur de jugement, sur un oubli, sur un manquement ? Puisqu’il est une bonne personne ? À moins qu’il ne joue à être une bonne personne, à faire vivre un personnage « parfait » ? Mais en a-t-il besoin s’il est une bonne personne ? La bonté vient de l’intérieur, elle ne se joue pas, alors pourquoi cette réaction face à une expérience, une maladresse ? Aurait-il brisé l’illusion qu’il a de lui-même ?
Celui qui est bon sans le savoir mais surtout sans essayer de jouer au bon, n’aura aucune difficulté à se remettre en question, à apprendre, à recommencer. Il ne doutera pas d’être une bonne personne et son cœur se remettra à l’ouvrage naturellement. L’autre, celui qui veut jouer au « bon » au « parfait » dans son rôle, devra redoubler d’efforts pour masquer son manque de confiance, son besoin d’amour. Soit il s’ouvre à l’amour en faisant la paix avec lui-même et ainsi laisser tomber le masque du « bon », soit il remet un autre masque, un peu plus solide avec le risque de s’éloigner encore plus de sa nature profonde. Beaucoup de « mal à dit » (maladies) viennent de cette force contre l’être qui contrôle son corps, son mental et par conséquent son cœur.
Ainsi qualifier un être de « bon » ou se qualifier de « bon » n’est pas simple et demande de regarder plus en profondeur sa vision de la bonté, de nous-mêmes ou de l’autre. Quel rôle jouons-nous dans la vie ? Avons-nous des raisons de nous cacher si la bonté vit en nous ? Pourquoi ne pas la laisser vivre à travers nous sans jouer à être quelque chose que nous sommes déjà ? En cessant le feu de la volonté à être autre chose que nous -mêmes, la bonté devient alors une façon de vivre en prenant la main de celui qui ne sait pas. La bonté est naturelle pour celui qui aime, quand elle devient un enjeu, c’est de la manipulation.
©Karine Cañadas | Tous droits réservés | Copie partielle ou intégrale des œuvres et des textes interdite.